A la mort de son père, en 481 ou 482, Clovis hérite du royaume franc salien qui correspond à la Belgique seconde, province située entre la mer du Nord, l'Escaut et le Cambrésis, soit un territoire allant Reims à Amiens et Boulogne, à l'exception de la région de Soissons, qui est contrôlée par Syagrius.
Les Francs saliens (en jaune) et rhénans ou ripuaires (en orange) dans la première moitié du Ve siècle.
Le titre de "roi" n'est pas nouveau: il est notamment dévolu aux chefs de guerre des nations barbares au service de Rome. Ainsi, les Francs, anciens fidèles serviteurs de Rome, n'en demeurent pas moins des Germains, des barbares païens, bien éloignés par leur mode de vie des Gaulois romanisées par près de cinq siècles de domination et d'influence romaine.
Clovis est alors âgé de quinze ans et rien ne prédispose ce petit chef barbare, un parmi tant d'autres, à supplanter ses rivaux. Les historiens ont longtemps débattu de la nature de la prise du pouvoir par Clovis. Au XVIIIe siècle, ils s'affrontent sur l'interprétation d'une lettre de l'évêque Remi de Reims. Montesquieu, dans l'Esprit des lois, penche pour une conquête du royaume par les armes, alors que l'abbé Dubos prône la dévolution, par l'Empire romain finissant, de la Belgique seconde à la famille mérovingienne. Aujourd'hui, cette dernière thèse l'emporte.
A la lumière des événements postérieurs, sa réussite militaire est due évidemment à ses qualités personnelles de chef (il est dit "astutissimus": très rusé"), mais au moins autant à l'acquisition depuis longtemps par les siens de l'expérience romaine de la guerre-la discipline exigée de ses soldats lors de l'épisode de Soissons en témoigne, tout comme la tombe de son père Childéric-ainsi qu'à sa conversion au christianisme qui renforce son alliance avec les élites gallo-romaines.
Ainsi, le règne de Clovis s'inscrit-il plutôt dans la continuité de l'Antiquité tardive que dans le Haut Moyen Âge pour de nombreux historiens. Il contribue à forger le caractère original de cette dernière période en donnant naissance à une première dynastie de rois chrétiens soutenus par l'évêque de Rome et, en raison de son acceptation par les élites gallo-romaines, en créant un pouvoir original en Gaule.